|
|
Fondation Ling
MEDECINE - PSYCHOLOGIE - CULTURE
La lettre de la Fondation - n° 23/septembre 2001
EDITORIAL - L'ENTIER
DU N° EN PDF
GUÉRIR PAR LE CHANGEMENT, CHANGER
PAR LA GUÉRISON
LL23 - Edito - Eric Bonvin, médecin, membre du conseil de la
Fondation
Elisabeth Fivaz-Depeursinge, docteur en psychologie, codirectrice du Centre
d'étude de la famille (CEF)
© Fondation Ling, Lausanne, septembre 2001
L'attendu ne s'accomplit pas
et à l'inattendu, un dieu ouvre la voie.
Euripide
Douleur, maladie, dysfonctionnement, état
de souffrance, mal-être, malheur... autant de situations de la vie
qui appellent, le plus souvent, à chercher que "cela change".
Le recours à l'environnement, à ses propres ressources ou
à l'autre sont autant de leviers qu'explore la personne souffrante
pour trouver un autre état, plus satisfaisant. Voilà déjà
quelques décennies aussi que, dans le domaine des soins, la guérison
n'est plus considérée comme restitutio ad integrum de l'état
qui prédominait avant la souffrance, mais comme un processus de
changement. On a même été jusqu'à soupçonner
que la souffrance puisse être le prétexte à un changement.
La notion de changement prend dès lors une place centrale dans
la notion de soin et de guérison. Mais quelle est la nature et
quels sont les outils de ce changement ? Telle est la question qu'a voulu
explorer la Fondation Ling dans ce vingt-troisième numéro
de La Lettre.
Fidèle à sa vocation d'échanges entre diverses pratiques
et diverses approches, la fondation a voulu initier ce débat entre
divers points de vue sur la question du changement au sein même
des divers courants officiels de la médecine moderne. La dynamique
de la pluralité des soins ne se résume en effet pas au simple
clivage médecine officielle / médecines alternatives mais
traverse aussi l'ensemble de la médecine officielle. Ouvrir le
débat sur le changement dans ce contexte est particulièrement
intéressant puisqu'il permet d'observer à quel point la
confrontation plurielle des idées et le dialogue se trouvent au
cœur même de l'évolution des soins. La notion de changement
a déjà généré un prodigieux élan
de réflexion et de recherche en Suisse romande et la Fondation
Ling est particulièrement honorée de pouvoir se placer,
avec ce numéro de La Lettre, comme médiateur d'un débat
de haut niveau sur la question du changement. Mais si la Fondation Ling
a pu assurer une telle tâche, c'est avant tout grâce à
une étroite collaboration avec le Centre d'étude de
la famille - le CEF - et l'Institut de psychothérapie
du Département universitaire de psychiatrie adulte de Lausanne
qui s'affairent à cette question depuis un certain temps déjà.
En effet, dès la fin des années huitante, Luc Kaufmann
a fondé au CEF un groupe interdisciplinaire (physique, psychologie,
psychiatrie) pour l'étude du changement dans les relations d'encadrement
entre parent et enfant, maître et élève, thérapeute
et patient. Suivant la méthode de modélisation propre à
la théorie systémique, le physicien (Roland Fivaz) proposait
des modèles physiques pour représenter les processus en
jeu dans le changement et la psychologue et le psychiatre (Elisabeth
Fivaz, Luc Kaufmann1) les appliquaient aux phénomènes
complexes en jeu dans le développement humain et dans la psychopathologie.
Il en ressortait nombre d'analogies entre ce que font les parents, enseignants
ou thérapeutes pour faciliter le changement des enfants, élèves
ou patients.
Mais cette perspective se référait au point de vue de l'observateur
extérieur au système. La collaboration avec Daniel Stern,
dès les années nonante, à propos du développement
affectif du nourrisson dans la famille a imposé de considérer
aussi le point de vue du sujet et les phénomènes intersubjectifs
entre partenaires. Ce nouvel éclairage correspondait à un
mouvement parallèle en thérapie familiale, comme le recours
aux narrations, et en psychiatrie, par l'apport de la phénoménologie.
La référence à cette double face du développement
et du changement - interactionnelle et intersubjective - ne simplifie
pas le travail scientifique. A témoin les débats passionnés
du groupe Interfaces sur les relations entre interaction et représentation
- un autre groupe interdisciplinaire réunissant au CEF des spécialistes
du nourrisson représentant les perspectives psychodynamique, développe-mentaliste
et familiale. A nouveau, des ponts ont pu être établis qui
facilitent la compréhension du développement et la collaboration
entre professionnels.
C'est un point de vue émanant aussi d'un groupe interdisciplinaire
réunissant développementalistes et psycho-dynamiciens, le
groupe de Boston, que Daniel Stern rapportera dans la conférence
sur le changement qu'il donnera au CHUV le 26 octobre prochain (20:15
auditoire César-Roux). Gageons que ces passerelles entre développement
précoce et thérapie d'adulte contribueront aussi à
nous rapprocher.
Le présent numéro de La Lettre souhaite aussi prolonger
l'exploration de ces passerelles et nous vous proposons ainsi plusieurs
textes qui ont été rédigés en réponse
à celui de Daniel Stern2 que nous venons d'évoquer
et qui est retranscrit intégralement dans
notre numéro. Afin d'illustrer le texte de Stern, Elisabeth
Fivaz-Depeursinge nous décrit, par exemple, comment un petit
quelque chose en plus peut survenir lors d'un moment de rencontre et y
provoquer un changement significatif. Yves de Roten fort des recherches
qu'il mène dans ce domaine, nous précise la place qu'occupe
l'alliance thérapeutique dans la relation thérapeutique
en tant que terrain propice au changement ainsi que les questions qu'elle
suscite. Jean-Nicolas Despland arpente le texte de Stern avec
une très grande minutie tout en comparant ce point de vue avec
celui de la psychanalyse. Il en dégage ainsi, au-delà des
divergences, les points de rencontre et de complémentarité
possibles. Micheline Gilliéron, se basant sur l'approche
psychanalytique, introduit la notion de temps nécessaire à
la maturation d'un changement en nous l'illustrant par le merveilleux
conte thérapeutique de l'homme qui se redresse. Carmen del
Fresno, tout en se basant sur d'autres approches psychanalytiques,
nous invite à nous mettre en partance pour le chemin de la découverte
relationnelle et des changements qu'elle suscite, en partance pour la
rencontre avec l'Autre humain. Thierry Buclin réussit avec
beaucoup de pertinence à situer la notion de changement dans le
biologique et à mettre le doigt sur la juste place de chaque point
de vue, qu'il soit biologique, psychologique, alternatif ou autre dans
ce débat. Raphaël Carron insiste, à juste titre,
sur la place que le sujet doit prendre dans cette discussion et en particulier
sa biographie intérieure, singulière qui est trop souvent
ignorée et écartée par nos moules diagnostiques et
les thérapeutiques simplistes qui en découlent. Jean Valjean
vient habilement illustrer son propos. Jean Marc Benhaiem, pour
sa part, prend brièvement position sur ce sujet mais de façon
tout à fait pertinente en se référent à sa
riche expérience en hypnose thérapeutique. Sylvie Angel
pour sa part nous invite à explorer les apports de l'approche systémique
dans la compréhension des mécanismes de changement et plus
particulièrement de la nécessité de prise en compte
des aspects socioculturels de la rencontre thérapeutique. Marco
Vannotti défendant aussi un point de vue systémique
et constructiviste y intègre la nécessaire implication du
thérapeute dans la cocons-truction du changement thérapeutique.
Nahum Frenck part à la recherche des cothérapeutes
parmi les dieux de l'Olympe pour trouver quelques indices sur la meilleure
manière d'activer le changement thérapeutique. Il nous livre
aussi, dans une interview faite par Gérard Salem, quelques
explications sur la création de l'Association vaudoise d'interventions
et de thérapies systémiques, l'AVDITS. Gérard
Sagié nous conte, avec l'enjouement subtil que nous lui connaissons,
une histoire de changement thérapeutique, une tranche de vie relationnelle
entre un psychiatre et son patient. Enfin, Eric Bonvin s'attarde
pour sa part sur les processus de changement propres au thérapeute
qu'il illustre par un éclairage en retour issu de l'observation
de pratiques aussi ancestrales que différentes telles que le chamanisme,
le guérissage ou l'art de la tarentelle.
Autant de points de vue sur le changement qui, tous à leur manière,
nous rappellent que les processus thérapeutiques, dans leur complexité
extrême et subtile, ne se laissent souvent entrevoir qu'au travers
d'un art relationnel dont les tentatives de rationalisation ont peine
à rendre compte. Vita brevis, Ars longa!
1. Fivaz, E., Fivaz, R., Kaufmann, L. (1984): L'encadrement du développement:
le point de vue systémique. Cahiers critiques de thérapie
familiale et de pratiques de réseaux 4 : 63-74.
2. Stern, D.N. (1997): Le processus de changement thérapeutique.
In : Naissance et développement psychique. A. Ciccone, Y. Gauthier,
B. Golse, D. Stern. Ramonville Saint-Agne, Erès. Texte intégralement
retranscrit dans le présent numéro de La Lettre avec l'aimable
autorisation de l'éditeur.
3. Fivaz-Depeursinge, E., Stern, D. N., Bürgin, D., Byng-Hall, J.,
Corboz-Warnery, A., Lamour, M., & Lebovici, S. (1994). The dynamics
of interfaces: Seven authors in search of encounters across levels of
description of an event involving a mother, father, and baby. Infant Mental
Health Journal, 15(1), 69-89.
haut
de la page
|