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Fondation Ling
Réflexions sur l'état des lieux de la question du pluralisme médical Forte de la maturité que lui a conféré sa riche expérience et en la matière, la fondation Ling a pu aborder avec pertinence, non seulement la question des apports dont peuvent nous faire bénéficier des différents modèles et pratiques de soin, mais également les nuisances ou les dangers qu'ils sont susceptibles, dans certaines circonstances, de faire encourir aux usagers des soins. Il lui est apparu qu'en regard de l'évolution pluraliste de notre système socio-sanitaire durant les années 1970-2000, les enjeux du débat sur l'intégration des différents modèles de soin a changé considérablement de nature. Evolution du contexte socio-sanitaire durant les années 1970-2000 La fin des années 1960 se terminait sur la conviction que la médecine moderne serait sur le point de venir à bout des grandes maladies de l'humanité (en 1969, par exemple, le ministre américain de la santé déclarait pouvoir « refermer le livre des maladies infectieuses » (1)). Durant les années 1970-1980, le milieu médical académique doit cependant et indubitablement accepter que le modèle sur lequel il se base, quoique porteur de succès thérapeutiques certains, n'est pas à même de répondre à la globalité de la souffrance humaine ni même aux attentes de ses usagers. La liste des nouvelles maladies (que l'on pensait initialement encore être « accidentelles ») apparues durant ces dernières années ne laisse pas l'ombre d'un doute sur cet état de fait : Ebola, maladie de Lyme, virus West Nile, grippe aviaire, légionellose, Creutzfeld-Jakob, sida, SRAS, etc. Qui plus est, le milieu médical constate également que les usagers des soins ne considère par la médecine académique moderne comme moyen exclusif de soin et que, bien au contraire, ils manifestent un intérêt de plus en plus marqué à l'égard d'autres formes de soins ou de médecines. Les défenseurs obstinés d'un modèle médico-scientifique unique qui ne voyaient en cette tendance qu'un simple feu de paille qui s'éteindrait bien vite devant les évidences du progrès scientifique durent bien constater qu'au contraire, ce mouvement allait modifier profondément la pratique de la médecine moderne. En 1976, avec son rapport n° 622, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pose les bases d'une véritable philosophie éclectique de la médecine (2). De nombreuses études scientifiques issues des milieux médicaux ou consuméristes lui emboîtent le pas durant les années suivantes. En Suisse, en 1986, la Revue Médicale de Suisse Romande en a fourni une illustration éclatante en consacrant un numéro entier à ce phénomène (3). Le 27 juin 1990, le Conseil fédéral charge le Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique (FNRS), d'établir le plan d'exécution d'un Programme national de recherche intitulé « Méthodes thérapeutiques alternatives adaptées aux maladies de l'homme », ou « Médecines complémentaires ». C'est ainsi que le FNRS mit sur pied le « Programme national de recherche 34 – Médecines complémentaires » qui se déroula de 1992 à 1998 (4). Dans la foulée, les Facultés de médecine suisses introduisent toutes un enseignement en relation avec les médecines alternatives (5) (depuis sa mise sur pied, la fondation Ling collabore activement à l'organisation du cours informatif sur les médecines parallèles de la Faculté de médecine de l'Université de Lausanne). Durant cette même période, la Ligue Suisse contre le Cancer, pourtant mondialement connue pour ses positions des plus critiques face aux méthodes de soin non-conventionnelles, publie une brochure d'information descriptive étonnamment nuancée sur ce sujet (6) (la fondation Ling a collaboré activement à la correction de ce document). Dans de nombreux secteurs de la médecine, le thème est souvent ouvertement abordé, comme ce fut le cas pour la psychiatrie (7) (avec la contribution de la fondation Ling). Le point culminant de ce processus d'ouverture et de changement, apparût en 1999 avec l'introduction d'une nouvelle Loi sur l'Assurance Maladie (LAMal) qui intégrait dans ses prestations de base, c'est-à-dire obligatoirement remboursées par les Caisses Maladies, cinq méthodes complémentaires : l'homéopathie, la phytothérapie, la médecine anthroposophique, la médecine traditionnelle chinoise et la thérapie neurale. Il faut cependant également observer le fait que, simultanément, le nombre de méthodes thérapeutiques se diversifie de façon pléthorique et d'une manière qui tranche singulièrement avec la clarté législative introduite avec la nouvelle LAMal. Apparaissent ainsi, dans la foulée, de nouveaux problèmes liés au pluralisme des méthodes et des pratiques médicales dont nous commençons seulement à deviner l'étendue et les conséquences. Le champ des psychothérapies connaît une évolution semblable, si ce n'est qu'elle ne s'inscrit pas dans un cadre assécurologique et législatif aussi clair (8). Dans la mouvance de ce pluralisme pléthorique est également apparu le phénomène des « nouvelles religiosités » qui comporte ceci de particulier qu'il recouvre de plus en plus les espaces du soin et de la thérapie. Et l'ouverture aux spiritualités du monde doit malheureusement s'accommoder également de la recrudescence des dynamiques sectaires qui, par conséquent, imprègnent dangereusement certains secteurs du soin et du développement personnel (9). Mentionnons finalement les grands débats de culture qui sont apparus au cours de la dernière décennie autour de la question du métissage et de la globalisation des cultures. Etat des lieux de la question du Pluralisme médical dans les différents champs socio-sanitaires Le pluralisme des modèles de soin:
Les usagers des soins
Les soignants
Le système socio-sanitaire
Les conclusions que tire de la fondation Ling sur de la question du Pluralisme médical au moment de tirer sa révérence En Suisse, le débat autour des médecines alternatives a pris une nouvelle tournure en 2004 avec la fin du moratoire introduit en 1999 sur les 5 approches complémentaires inclues dans les prestations de base de la LAMal. La nouvelle exclusion des ces 5 approches du cadre de la LAMal a suscité de vives réactions qui ont conduit à l'engagement d'une initiative populaire dont le verdict déterminera certainement l'avenir de ce débat. En conclusion, il est apparu de plus en plus clairement aux responsables de la fondation Ling, qu'en ce début de XXIème siècle, ce n'est plus tant la question du pluralisme, que celle de la gestion de ce pluralisme et de ses conséquences qui devrait attirer l'attention et l'investissement des acteurs socio-sanitaires. Dr Eric Bonvin 1 Philippe Rivière (2003). Mobilisation contre le SRAS, inaction
contre le sida. Le Monde Diplomatique n°592, juillet 2003, p. 27.
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